je l'ai toujours dit et le dirait encore : arte est vraiment la seule chaine tv potable qu'on puisse capter sans le cable !
la preuve : super interview de gus van sant :
ARTE : Si je disais Kurt Cobain, que répondriez-vous ?
Gus Van Sant : Ce que je sais de Kurt Cobain, je l'ai lu en majorité dans la presse. Ce film tire effectivement son origine de sa mort, mais en s'appuyant sur ce que les journalistes en ont dit, pas sur ce que j'aurais pu savoir de lui. J'avais eu quelques aperçus lorsque je les avais rencontrés, lui et Courtney. Certains membres de ce groupe d'artistes du nord-ouest étaient connus dans le monde entier. Bien avant sa mort, on parlait déjà de la “Scène de Seattle”, que je connaissais un peu, mais surtout par les articles de journaux. Lorsque j'ai rencontré Kurt et Courtney, elle lisait un magazine qui parlait d'autres groupes de Seattle : l'article parlait d'autres groupes qui parlaient de son groupe, et Courtney se livrait à un monologue très amusant. Je ne comprenais pas ce dont ils parlaient, car c'était trop spécifique : des groupes qui racontaient des choses sur d'autres groupes dans des halls d'hôtels. Mes informations, même notre rencontre, viennent donc surtout des médias
Est-ce que “Last Days” est la troisième et dernière partie d'une trilogie ?
Oui ; je pense que “Gerry”, “Elephant” et “Last Days” ont les mêmes intentions stylistiques. Ces films racontent trois types différents de morts : “Gerry” montre une mort par exposition à l'environnement, “Elephant” un meurtre avec préméditation, et “Last Days” est un suicide. Ce sont trois aspects de la mort. C'est aussi une interrogation: va-t-il mourir ? Est-il déjà en train de mourir ? Sa perte contribue-t-elle à sa mort ? Dans le film, ce sont des questions, pas des affirmations.
Comment travaillez-vous avec la bande-son ?
Dans “Gerry”, nous avions fait des boucles sonores avec des éléments que l'on trouve dans les jeux vidéo, qui créent des bases sonores qui propagent. Dans “Elephant”, j'ai pris de la musique concrète et je l'ai intégrée dans le film. Cela m'a plu, j'avais toujours eu envie de mettre de la musique concrète dans un film, mais c'était la première fois que je pouvais le faire. A certaines époques, qui ont duré longtemps, cela ne posait pas de problème de mettre la bande-son sur le film, juste comme ça. C'était la même chose pour “Last Days”. Nous nous sommes contentés d'ajouter des morceaux de musique, un peu comme si on accompagnait le film par de la musique, à cette différence près que la musique était faite de son.
Qui est Michael Pitt ?
C''est un acteur (rire). On le compare à Leonardo DiCaprio et River Phoenix : ce sont des acteurs américains jeunes, blonds, aux idées arrêtées. Il fait effectivement partie de cette catégorie.
Il a joué, pendant le tournage ?
Oui. Tous les enregistrements sont live.
Mais il joue, comme jouerait un garçon dans la rue ?
Oui. Nous jouons tous.
Ce film raconte-t-il l'histoire d'un garçon perdu dans le noir, ou est-il en marge, “on the wild side”, pour reprendre les paroles de la fameuse chanson de Lou Reed?
Ce film parle d'un garçon qui retourne chez lui et cherche un endroit pour être seul. D'autres personnes s'y trouvent, et il n'arrive pas à être vraiment seul. Il va donc dans l'autre petite maison pour les fuir. Il s'efforce d'éviter les gens, mais n'arrive pas à trouver un moyen pour être vraiment seul. Mais c'est sa maison, il n'est pas vraiment en marge, il retourne juste chez lui.
Est-ce que c'est la fin de la route, pour lui ?
Oui. Il cherche un foyer, mais a du mal à en trouver un.
Est-ce dur pour tout le monde ?
Cela concerne beaucoup de gens.
Vous aussi ?
Je suppose, oui.
Le sujet de ce film est-il la société américaine ?
Pas autant qu'”Elephant”. C'est avant tout un film sur la révolution industrielle, qui s'est produite dans le monde entier, et qui n'est pas spécifique aux Etats-Unis d'Amérique. Un grand nombre de scènes figurent une situation idyllique qui s'interrompt, comme la première image du train qui arrive. La maison dans laquelle nous avons tourné a été construite par un baron des chemins de fer de l'Illinois. Un grand nombre d'images, de sentiments et une bonne partie de l'ambiance font référence à cette industrie. Le commercial des Pages Jaunes, qui pense vendre des pièces pour locomotive, ce qui pourrait être un mot de code pour du heavy metal, à moins qu'il ne soit représentatif de l'industrie américaine. L'industrie européenne, l'industrie japonaise et l'industrie américaine sont toutes présentes dès le départ, elles inventent le moteur à vapeur, les usines textiles, les scieries, etc.
Qu'est-ce que cela vous fait de vous retrouver à Cannes, deux ans après avoir remporté la Palme d'or ? Ce n'est pas trop dur ?
Gus Van Sant : Non.
Non ? Vous n'avez pas peur ?
Non, mais je n'avais pas non plus peur avant.
Quel est votre point de vue personnel sur ce film ?
Sur le film dans son ensemble ? Je ne sais pas. J'ai travaillé si longtemps dessus qu'il m'est difficile de parler d'un point de vue sur le film. L'idée que j'en ai aujourd'hui est noyée dans des années de travail, dix ans, peut-être. C'est un peu confus, et maintenant, le film est terminé, je n'ai donc pas vraiment un point de vue. Mais si je devais en exprimer un, je dirais que je me souviens de toutes les choses sur lesquelles nous avons travaillé. Le film exprime un grand nombre de points de vue différents, et le mien se trouve mélangé avec des interprétations de toutes ces choses. C'est difficile et cela entraîne un peu la confusion de parler d'un point de vue.
Est-ce que c'est une histoire imaginaire ? Une histoire vraie ? Un récit ?
C'est tout cela à la fois. C'est un récit avec de l'imagination qui relève de la fiction. Le film relate quelque chose, mais il le fait d'une façon similaire à celle du documentaire dramatisé (docu-drama). On imagine tout en gardant la réalité à l'esprit. Ce n'est pas de la pure fiction. Je suppose que tous les films sont ainsi, mais dans ce cas précis, le film s'appuie sur des faits réels. Le terme de docu-drama est un peu bizarre, et je n'aime pas l'employer, mais cela résume bien le film. A mon avis, le docu-drama est en partie d'origine française. Je citerai “Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000”, qui fait partie de ce genre de films des années 1960 – 1970. C'étaient des sortes de récits, qui racontaient quelque chose qui s'était effectivement produit (dans le cas, la vie en communauté).
S'agit-il également d'un récit sur cette maison, cette anti-maison, très belle et horrible à la fois ? Cette maison du type “Psychose” ?
Cette maison du type “Psychose” ? Oh... je suppose que vous voulez dire qu'elle ressemble à la maison de “Psychose”, effectivement.
Comme “le secret derrière la porte” ?
Je n'y avais pas réfléchi dans ces termes auparavant, mais quand des gens vivent dans une maison, elle commence à prendre une personnalité. Généralement, une maison a un aspect sinistre. Je ne suis pas parti de cette base, je me suis toujours appuyé sur des choses que je connaissais : des maisons dans lesquelles j'avais vécu, que j'avais visitées. Pas du style de la maison de “Psychose”, qui est une métaphore représentant quelque chose d'autre, quelque chose de malsain.
Votre film montre une sorte de chasse , n'est-ce pas ?
Vous voulez dire une chasse sexuelle ? Je ne sais pas. Qui chasserait qui ?
La caméra ?
Bonne question, mais je n'en sais rien. Pourquoi pas ?